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Réfléchissons ensemble
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21 mars 2011

DROIT A MEMOIRE, A REPARATION ET PLUS QUE CELA

 

La « victime civile de la guerre »

 

                     Quand surgit, de nos jours, dans l’opinion courante, le mot « victime », nous sommes entraînés à notre insu à entrer dans une confuse philosophie de la compassion misérabiliste… Que sont ces victimes ? Qui les engendre? Une nature aveugle ? Une histoire perverse singulière, collective ? Une délinquance, une criminologie imprévisibles ?

                       Nous avons bien à l’esprit l’article 1382 du Code Civil : « Tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par lequel il est arrivé à le réparer ».

                     Il va sans dire que nous quittons l’action civile quand la puissance totalitaire  appelée « guerre » massifie ces dommages et ces destructions. Comment répondre activement à des blessures, des morts, des pertes de biens, de libertés, de propriétés ? Si on est plus pratique, on sera amené à poser le problème de la réparation. Mais comment réparer, au-delà des compensations financières et des pensions quand la justice étatique se met en marche ?

                    Quels gestes, quelles images, quels rituels compensateurs pour calmer le jeu, harmoniser, rééquilibrer, par des opérations vindicatives, de souvenir forcé, de pardon, d’excitation commémorative plus ou moins affective et festive qu’une communauté humaine à portée patriotique, à travers de multiples anniversaires, prend en charge ?

                      Ainsi, lorsque la victime civile devient « victime civile de la guerre », quelles que soient les modalités de la guerre, de ses opérations, la situation se complique et s’enrichit de toute une stratification de réponses et de responsabilités plus ou moins adéquates et conflictuelles.

                      Si on ajoute quelques déterminations, précisions, après le mot, cette opération ne suffit pas à extraire le mot de sa gangue de passivité, d’abandon à cette sorte de passivité  désarmée, qui donne mauvaise conscience, honteuse. On peut ajouter d’autres déterminations : des mécanismes d’effacement, d’esquives pour faire oublier, neutraliser, ceux qui subissent des destinées qui ne soient pas le résultat d’un risque, d’un courage personnalisé, ou de je ne sais quel choix dit volontaire, si confus soit-il. Il est sans doute fort difficile de clarifier ces enchaînements et implications.

                    Le mot est fait pour se brancher sur une sorte de cuisine religieuse, martyrologique, surtout quand l’acteur victimisant est l’entité qui coupe le souffle, qui attire ou qui terrifie : la guerre. Comment faire apparaître d'une notion aussi misérablement manipulée des esquisses d'actions qui pourraient quelque peu être héroïsées ?

                                                                                    Jean CROCQ 

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